Une Qualité de Vie au Travail inégale en Europe

Si l’on se réfère à l’étude de l’Eurofound « Trends in job quality in Europe » parue en 2012 et proposant une analyse comparative de 34 pays européens, l’Europe du Nord truste les premières places du classement en matière de QVT, et ce pour l’ensemble des indicateurs considérés : salaires, équilibre vie privée-vie professionnelle, qualité intrinsèque du travail (macro-indicateur regroupant notamment l’autonomie des salariés, l’environnement social et physique de travail ainsi que l’intensité du travail) et perspectives en termes d’employabilité et de sécurité. Les pays d’Europe de l’Ouest se trouvent dans la moyenne du classement, tandis que l’Europe de l’Est se situe plutôt dans le peloton.

A la lecture de ce classement, on s’aperçoit par ailleurs qu’il peut exister une grande variation des performances nationales selon l’indicateur considéré. Le cas de la France est probant : si elle s’avère relativement bien située – entre la 7e et la 11e place – en matière de salaire, d’équilibre vie privée-vie professionnelle et de perspectives professionnelles, la France se trouve à l’avant-dernière place (33e) pour la qualité intrinsèque du travail, juste avant la Turquie !

Comment expliquer de telles différences en matière de QVT en Europe ?

La QVT s’inscrit au sein d’écosystèmes nationaux spécifiques, qui présentent des différences en matière de culture, de marché du travail, de politiques publiques ainsi que de formes d’organisation des entreprises.

  • Des différences socioculturelles : la place du travail et l’affect qui y est lié varient en fonction des cultures nationales. En effet, la place du travail est traditionnellement plus forte dans les pays d’Europe continentale que dans les pays nordiques et anglo-saxons. Par ailleurs, en France, une importance toute particulière est donnée à l’intérêt intrinsèque du travail, qui est vu comme une source d’épanouissement nécessaire[1]. Outre ces différents niveaux d’exigences et d’attentes concernant le travail, d’autres aspects socioculturels sont à prendre en compte pour appréhender la relation au travail et son organisation au sein des différents pays européens. Par exemple, les pays nordiques – se caractérisent par une culture de coopération et de consensus tandis que la France se distingue par une culture à la fois hiérarchique, individualiste et averse au risque[2].
  • Des marchés du travail plus ou moins dynamiques et protecteurs : le taux de chômage, l’existence de revenus minimum ou encore la fréquence de l’octroi de bénéfices et avantages sociaux pour les employés (mutuelles complémentaires, restaurant d’entreprise…) influent sur le niveau de qualité de vie au travail. Par ailleurs, dans les pays où le marché du travail est rigide ou clivé – cas de l’Italie, de la France ou de l’Allemagne – les actions QVT des entreprises se concentrent sur les « insiders » (salariés avec un contrat stable) et revêtent des formes individuelles ou collectives. Dans les pays se caractérisant au contraire par des marchés du travail fluides (le Royaume-Uni par exemple), les initiatives QVT des entreprises sont essentiellement individuelles, dans un objectif d’attraction et de rétention des talents.
  • Des politiques publiques inégalement développées : en matière de prévention des risques psychosociaux (RPS), la Belgique, la France et le Royaume-Uni sont les pays qui disposent de l’action publique la plus élaborée. L’approche QVT stricto sensu est relativement émergente mais se structure peu à peu dans certains pays, comme en témoignent la négociation en cours sur la qualité de vie au travail en France ou la « National working life development strategy to 2020 » finlandaise ayant pour objectif de faire de la Finlande le pays avec la plus haute QVT en Europe afin notamment de « doper » la compétitivité et l’innovation au sein des entreprises. 
  • Des formes d’organisation plus ou moins favorables : les « organisations apprenantes », privilégiant l’apprentissage, l’autonomie, de moindres contraintes de rythme et une moindre répétitivité des tâches, sont les plus favorables à la QVT et s’avèrent être surreprésentées en Europe du Nord. A l’inverse les « organisations tayloriennes », qui sont les plus défavorables QVT, sont surtout présentes en Europe de l’Est. L’organisation de type « Lean », surreprésentée dans les pays anglo-saxons, se situe dans une configuration intermédiaire[3].

 

[1][1] Meda D., Lavoine L., « Place et sens du travail en Europe : une singularité française ? », CEE, 2008 [2] Hofstede G., http://geert-hofstede.com/countries.html [3] Valeyre A., « Formes innovantes d’organisation du travail et qualité du travail et de l’emploi en Europe »,2010

 

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