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Une fois n’est pas coutume, cette semaine je vous propose un article « recherche » du Centre d’Etudes de l’Emploi. Ce petit « quatre pages » est une vraie perle pour la réflexion car il comporte à mon sens, deux niveaux de lecture.

Le sujet qui a suscité la réalisation d’une enquête de terrain, porte sur les Plans locaux d’insertion pour l’emploi (PLIE) créés en 1993. Il s’agit d’un dispositif visant à accompagner vers l’emploi et de manière individualisée, des populations durablement exclues du marché du travail. Il associe en outre une pluralité d’acteurs dans ses sources de financement, mais surtout, le seul objectif clairement défini, est fourni par un indicateur de « sorties positives » vers l’emploi (contrat de travail de plus de six mois, formation qualifiante, création d’entreprise).

Le résultat de l’enquête montre que le système, tel qu’il est organisé, conduit en réalité à cibler prioritairement les populations qui présentent une plus forte probabilité de succès de sortie du chômage. Autrement dit, le mode de fonctionnement du dispositif conduit en fait les acteurs en charge de son pilotage, à détourner le dispositif de son objectif originel qui consiste à mettre la priorité sur les chômeurs les plus en difficulté.

C’est donc dans cette perspective que l’on voit se dessiner le « beau cas » d’analyse de l’action publique. C’est la quintessence d’un problème mal structuré ! L’enjeu est on ne peut plus flou et le système, on ne peut plus faiblement couplé.

On constate en effet une pluralité d’acteurs aux rationalités hétérogènes : les financeurs (le Fonds social européen, l’Etat, les collectivités territoriales), des acteurs privés (entreprises, fondations, office paritaire collecteur agréés OPCA, etc.), fixent ensemble les objectifs en termes de « sorties positives ». Et puis, se trouvent les street level bureaucrats (missions locales, ANPE, etc.) qui ont pour principale contrainte de réaliser les objectifs décidés par les financeurs. Et comme, contrairement à l’indicateur, la population cible n’est pas clairement définie, c’est précisément sur ce point que les acteurs en charge de l’accompagnement des chômeurs en difficulté vont se dégager une marge d’autonomie d’action. Comment ? En privilégiant simplement les chômeurs dont on suppose la sortie plus probable.

Et voilà comment échoue la coopération face à un problème mal structuré, mettant en jeu une pluralité d’acteurs, ouvrant par conséquent à de multiples logiques de bargaining, et qui au final ne font que reproduire un mode d’action public en silos. Car c’est alors le seul permettant à chaque acteur de retrouver une prévisibilité d’action, et donc le seul limitant l’incertitude du résultat.

C’est en fait un classique des déboires de nombreuses politiques publiques, qui s’engagent sur des objectifs, se rendent alors prisonnières de leurs résultats, et ne se préoccupent pas des conséquences de ces résultats.

Bonne lecture, à la semaine prochaine

CEE_87-plie-contraintes-resultats-risques-eviction

 

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