Le Secrétaire général du Syndicat Ouvrier Démocratique (SOD) constatait depuis quelque temps que le nombre des adhérents et par suite des cotisations avait tendance à stagner. Il avait alors réuni les délégués départementaux et leur avait demandé de susciter dans les six mois qui venaient, deux à trois pour cent d’adhésions nouvelles en fonction de  leur situation locale. Les délégués départementaux, à leur tour, avaient réuni les secrétaires des comités locaux et avaient demandé à chacun un effort sensible de recrutement pour les mois à venir.
La démarche s’était montrée efficace grâce aux efforts de tous. La presse, de son coté, avait publié des articles sur la bonne santé du syndicat SOD, si bien que l’animateur de l’émission « Parlons en », émission de télévision très regardée, avait invité le Secrétaire général du SOD à parler de l’essor de son syndicat. Au cours du débat les journalistes s’étaient affrontés pour savoir si cet essor était dû au contexte politique plutôt qu’à l’environnement économique. Le Secrétaire du SOD avait surtout insisté sur les efforts conjoints depuis six mois des délégués départementaux, des secrétaires et des membres des comités locaux.
Quelques semaines plus tard, le secrétaire d’un comité local prit à part le Secrétaire général du SOD :
- Dis donc, camarade, tu as été très bien, l’autre jour, à la télé mais comme a dit un journaliste, tu as simplement fait de la direction par objectifs pour augmenter les adhésions.
- Appelle ça comme tu voudras, mais c’est le résultat qui compte.
- Oui mais voila, on a lancé dans une entreprise où nous sommes bien implantés, une opération contre la direction par objectifs qu’ils veulent mettre en place : le DRH en rigolant m’a rappelé que nous avions fait la même chose…
Le Secrétaire général du SOD savait bien qu’il lui faudrait trouver des arguments face à ces contradictions. Mais comment diriger un syndicat, une entreprise, une administration et ses services, un parti politique, même une association, sans fixer des objectifs ? Sans objectifs, on ne progresse plus, on risque de disparaître, au mieux de devenir une sorte de bureaucratie.



























Bonjour,
Il paraît en effet naïf d’imaginer qu’un collectif humain, quel qu’il soit, ne puisse se donner une direction commune : « il n’y a pas de bon vent pour le marin qui ne sait pas où il va ». Pas étonnant qu’un syndicat, lui aussi, se donne des objectifs et les diffuse dans son organisation.
Là où la direction par objectifs est plus souvent mise en défaut, c’est lorsque les objectifs se multiplient sans cohérence, lorsqu’ils donnent lieu à des mesures (car, paraît-il, un bon objectif est un objectif mesurable…) qui peuvent vicier les comportements, lorsque l’individualisation est poussée à l’extrême au point de « tuer » le collectif ou lorsque les moyens d’action réels sont en décalage avec les objectifs fixés. Là naissent les injonctions paradoxales, les situations de désarroi et les stratégies de contournement, de fuite ou de résistance.
Autant de précautions qui ne sont pas toujours prises dans les organisations où le court terme a tendance à prendre le pas sur le recul et l’intelligence. Manager, ce n’est pas juste fixer un objectif, heureusement.
Souvenirs les meilleurs.
entièrement d’accord ! c’est le bon sens qui mérite d’être martelé, notamment à l’heure où les réseaux sociaux apparaissent au sein des entreprises et que l’engouement pour cette nouveauté conduit certains commentateurs à affirmer que le mode participatif de ces réseaux permettra à terme de manager nos entreprises autrement, à travers plus de souplesse, de flexibilité et d’innovation. En bref, tous acteurs. Oui, mais, tout comme le bébé avec l’eau du bain, ne jettons pas le MBO avec l’arrivée des réseaux sociaux ! Echanger, partager, discuter, c’est essentiel…dans un cadre qui permet d’éviter la perte de repères.